conception graphique et développement: VINCENT RIO


JEANNE BENAMEUR . Mars 2011

Dans les paysages de Francis Jolly je me vois, regardant.
Quand l’oeil saisit une bribe du monde et dans un effort sans pareil la recentre,
au coeur même du monde dont elle est issue.
Fragment et tout. A la fois.
Comme si l’oeil pouvait englober et distinguer dans le même acte.

Une révélation.
Je regarde ces paysages. Je ressens que le monde est vaste dans les courbes de
ces montagnes, dans les chemins qui s’en vont les contournant lentement.
Je ressens aussi que le monde est fort et nu, sable abrupt contre le tronc des arbres,
arrêté, à peine creusé. Branches qui se dressent et ne cherchent rien, juste l’air la
lumière et quelque chose qui vibre.
J’imagine la chaleur, l’écorce sous la paume de la main qui craque.
Le monde n’est pas lisse.
Rien ne retient ma main.
Les vagues ont beau appeler, on resiste. On regard le scintillement qui nous éblouit,
cloue notre regard à l’étoile disparue là, sans doute, dans cette eau qui en frémit
encore. On rêve.

Mais comment oublier le monde quand il nous est redonné avec cette insistance.
Nous n’échapperons pas à ce qui en nous, voit.
Alors, du paysage même, se révèle l’image.
Et soudain, nous voyons vraiment. Ce que nos yeux n’ont jamais pu regarder.
Du paysage est engendré un autre paysage, par sa fragmentation même.
Fallait-il donc un autre regard pour que cela ait lieu. Fallait-il que le regard du
photographe s’accommode, là, en plein champ, en plein désert, en pleine mer, à un
regard inconnu, le mien le vôtre pour que cela ait lieu ?
D’un être humain à un autre, la vision se partage.
Et le monde est neuf.
Je le vois comme je ne l’avais jamais vu.
Je peux
enfin
contempler.